Avec Véronique Sarselli, l’opposition sort les rames

24 avril 2026
7 min de lecture

Chaque semaine, Hugo Bachelet et Romain Zanol vous donnent rendez-vous pour des enquêtes, des infos exclusives et des entretiens dédiés à la scène politique lyonnaise. Cet épisode est inclus dans un abonnement à prix libre, nous vous invitons à nous soutenir pour que notre travail puisse continuer à faire vivre le débat démocratique. Au menu cette semaine : Lyon People lèche-botte, Aulas chahuté aux conseils, Bruno Bernard trop présidentialiste, et le maire de Caluire qui veut priver les délinquants de piscine et de lecture. L’Arrière-Cour était présente au premier conseil métropolitain présidé par Véronique Sarselli, où les élus d’opposition peinent à s’adapter au changement de gouvernance.

Les exclusifs de l'Arrière-Cour
Marco Polisson pas avare en cirage

Ce qu’elles brillent, les chaussures de Jean-Michel Aulas ! Le magazine Lyon People sort la brosse dans son dernier édito consacré au nouveau premier vice-président de la Métropole. Sobrement intitulé « Merci Président », le texte ronflant de Marco Polisson souhaite adresser à « JMA » un « merci à choix multiple » pour « nous avoir sortis de la brume cauchemardesque dans laquelle nous étions plongés avant [sa] candidature » et « d’avoir fait taire les collabos qui répétaient en boucle que Doucet et Bernard seraient réélus dans un fauteuil ». Monsieur Pierre Oliver, vous reprendrez bien un peu de cirage ? « Merci d’avoir pris notre relais dans le rôle de lanceur d’alerte que nous prêchions seuls dans le désert vert avec Pierre Oliver ». Ni une ni deux, Aulas, manifestement flatté, a partagé ledit édito sur son compte LinkedIn.

Erreur… ou pas erreur ? 

Du même trait, Marco Polisson remercie Aulas d’avoir “osé affirmer que le portrait de Quentin avait plus sa place sur le fronton de l'Hôtel de ville que les drapeaux palestiniens du Hamas.” 

Pourtant, après les révélations de Médiapart quant à l’activité en ligne du militant néonazi Quentin Deranque, Jean-Michel Aulas avait fait machine arrière. En effet, celui-ci avait concédé que sa proposition d’afficher le portrait du militant sur les grilles de l'Hôtel de Ville était “manifestement une erreur”. Sur son post LinkedIn, Aulas n’apporte toutefois aucun rectificatif sur la question…

Jérémie Bréaud s’attelle à la sécurité métropolitaine

À l’annonce des arrêtés de délégation du nouvel exécutif métropolitain, certaines dénominations ont interrogé. En particulier celle de Jérémie Bréaud, délégué à la sécurité. En effet, comme le rappelait Fanny Dubot lors du dernier conseil métropolitain : « [La sécurité] repose sur des compétences claires : celles de l’État et des maires. »

Interrogé par L’Arrière-Cour, Jérémie Bréaud, dont la délégation précise s’intitule « Sécurité globale, tranquillité publique et coordination avec les polices municipales », s’est montré assez vague : « Je ne peux pas trop en dire car je suis en train de monter la feuille de route. » Pour autant, il annonce que sa délégation « se construira autour de trois objectifs clairs : la brigade métropolitaine de sécurité des transports, la sécurisation des collèges et l’aide aux communes. »

Sur ce dernier point, il assure être en concertation « avec la présidente et les communes, afin de construire un programme commun de tous les maires ». Interrogé par L’Arrière-Cour, Philippe Prieto, le nouvel adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon, a bien confirmé « avoir convenu avec Jérémie Bréaud de se rencontrer pour échanger plus longuement lorsque nous serons tous les deux installés », tout en précisant qu’il « faudra déjà élucider le flou autour des compétences propres de la Métropole sur la sécurité ». Questionné sur la police métropolitaine promise par Grand Cœur lyonnais pendant la campagne, Jérémie Bréaud a botté en touche…

Albert Lévy cartonne Jean-Michel Aulas

Le conseil municipal du 23 avril dernier a été l’occasion des premières joutes verbales d’une mandature qui en appellera sûrement d’autres. Si certains en avaient l’habitude car déjà là lors du mandat précédent, les nouveaux venus n’ont pas été en reste, à l’image d’Albert Lévy. Récemment élu, l’Insoumis s’est permis un tacle appuyé à Jean-Michel Aulas, alors que ce dernier venait d’intervenir pour mettre en garde Grégory Doucet sur la transparence de ses frais de représentation : « Quand on prône la transparence et la probité publique, on évite de constituer son patrimoine comme difficilement traçable ou lisible. On évite d’avoir des activités financières opaques, à l’étranger, en passant par les paradis fiscaux. »

S’il ne l’a jamais nommé, le tacle était évidemment adressé à l’ancien président de l’OL, dont Rue89Lyon avait révélé le tortueux montage de sociétés offshore avec sa société Embassair. C’est Emmanuel Imberton, proche d’Aulas, qui s’est chargé de répondre à l’ancien magistrat, lui rappelant ne pas être « au tribunal mais dans un conseil municipal où les attaques personnelles, même voilées, n’ont pas lieu d’être ».

Le sens des maux mots

Lors du conseil métropolitain du mercredi 22 avril, François Journy (Place publique) a interpellé l’exécutif de la Métropole afin de demander une explication sur la signification de la délégation « excellence éducative », s'interrogeant si cela « est un objectif pour tous les élèves ou un modèle qui risque encore d’accentuer les écarts ». Cette intervention a été faite en l’absence de Sarah Peillon (Renaissance), qui s’était momentanément absentée de l'hémicycle. Manque de chance, elle est… vice-présidente déléguée au collège et à l’excellence éducative.

C’est donc Véronique Sarselli qui a répondu à l’ancienne tête de liste Lyon-Ouest pour l’union de la gauche : « Derrière le mot “excellence éducative”, il y a tout simplement l’excellence éducative que nous espérons pour tous. Il ne faut jamais voir derrière un mot quelque chose d’autre que ce qu’il veut dire. » « On ne peut pas dire que le débat public ait avancé… », a regretté amèrement François Journy auprès de L'Arrière-Cour.

L’intervention faisait suite à la présentation d’un rapport de la Chambre régionale des comptes intitulé « Métropole de Lyon – Le rôle du collège dans l’attractivité et la cohésion des territoires ». Ledit rapport pointe, entre autres, « une action de la Métropole de Lyon insuffisamment mobilisée au service de l’amélioration de la mixité sociale » lors du mandat de Bruno Bernard.

Sarselli s’offre l’ovation des convaincus

Pour clore le conseil métropolitain, Véronique Sarselli a réclamé « l’indulgence pour [son] premier conseil ». Il s’en est suivi une ovation… de Grand Cœur lyonnais seulement. Après s’être vu refuser une prise de parole et une suspension de séance, les Écologistes, les socialistes et les communistes avaient déserté l’hémicycle pour exprimer leur désaccord.

Bastien Joint veut priver les délinquants de lecture

Bastien Joint, maire de Caluire réélu dès le premier tour, promet de mettre au pas ses administrés. Les délinquants multirécidivistes pourraient se voir refuser l’accès aux cantines scolaires, à la médiathèque ou encore à la piscine municipale. Bastien Joint va plus loin et assure que des procédures d'expulsion de logements sociaux ont déjà été lancées pour « des familles se comportant mal ». L’opposition dénonce une « politique répressive qui risque de frapper en priorité les publics précaires et d’aggraver leur situation ». L’ancien adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon, Mohamed Chihi, dézingue l’initiative : « C’est de la démagogie, cette proposition ne rime à rien, elle ne favorise ni la sécurité ni la cohésion sociale. »

Peut-être que le plus jeune édile de la Métropole pourrait confier les voyous de sa commune à la fondation Résilience, association soutenue par les Aulas, qui promet de recadrer les jeunes délinquants grâce à des stages militaires ?

Après la défaite à la Métro, la gauche unie règle ses comptes

Pierre-Alain Millet, conseiller métropolitain communiste sous le mandat de Bruno Bernard, nous livre dans Le Vénissian, le journal des communistes de Vénissieux, les cinq leçons électorales pour la Métropole et « ceux qui l’ont cru ». L’article en question, qui tente d’expliquer la défaite de la gauche à la Métro, n’est pas tendre avec la gauche, en particulier les Écologistes et le président sortant : « Bruno Bernard a choisi la stratégie présidentielle, lui qui était persuadé que son aura de président allait s’imposer dans les débats électoraux, considérant même qu’il était possible de perdre Lyon et de garder la Métropole… cruelle ironie. »

Selon les informations de L’Arrière-Cour, Pierre-Alain Millet lui-même a pris soin d’envoyer son article au vitriol, directement par mail, à plusieurs élus écologistes et insoumis, ainsi qu’à Julien Zloch, ancien directeur de cabinet de Bruno Bernard. Ce dernier, visiblement peu convaincu par l'argumentaire, s'est fendu d’un : « L'art de la dialectique ;) ça disparaît comme les villes communistes… CQFD. »

Il foot que ça cesse !

Lors du conseil métropolitain du 22 avril, l’Écologiste Matthieu Vieira a pris la parole pour fustiger l'augmentation par la majorité du nombre de membres du cabinet par rapport au mandat précédent. « Il y a quelques mois encore, Aulas proposait de mettre sur le banc de touche le cabinet du maire de Lyon […], mais il choisit aujourd’hui le contre-pied et se met, dès les premières minutes de la mandature, hors-jeu. »

Durant la campagne, Jean-Michel Aulas comme ses opposants, ont usé et abusé des métaphores footballistiques et des poncifs de « temps additionnel », « hors-jeu » et autres « match retour ». L’heure de changer de tactique ?
L'enquête politique de la semaine

À la Métropole, Sarselli fait ramer l’opposition

Pour le premier conseil métropolitain, la nouvelle règle de Véronique Sarselli pour la constitution des groupes, qui fait la part belle au RN, a animé les débats. Les élus d’opposition écologistes, insoumis et communistes peinent à trouver leurs repères avec les méthodes de la nouvelle présidente.

« Vous revendiquez le dialogue, mais en ne permettant pas les interventions préalables, après en avoir bien usé pendant six ans lorsque vous étiez dans l’opposition, nous voyons autre chose », ont tancé, lors d’une prise de parole au premier conseil métropolitain, Fanny Dubot et Renaud Payre, qui forment la coprésidence du groupe Écologistes et apparentés. Pour son premier conseil métropolitain en tant que présidente, Véronique Sarselli a en effet montré des méthodes bien différentes de celles de son prédécesseur, Bruno Bernard.

La nouvelle règle de Véronique Sarselli, qui rehausse à cinq le nombre d’élus minimum pour constituer un groupe (contre deux lors du précédent mandat), a cristallisé les tensions avec une opposition qui est apparue en manque de repères.

Sarselli diminue son opposition

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