



Ils avaient promis de ne rien lâcher. Huit ans après, ils ne sont plus qu’une poignée. Mais Opérations Spéciales, collectif de Gilets jaunes connu pour ses actions coup de poing, reprend du service. Son objectif : « passer le flambeau » à une jeunesse en colère. Pour la première fois, son fondateur se livre à L’Arrière-Cour. Des occupations surprises de 2019 aux désillusions politiques, il raconte près d'une décennie de mobilisation et les leçons qu’il voudrait transmettre à la Gen Z.
Il est immense, massif, la cinquantaine. Son nom ? Il préfère le garder pour lui. L’homme qui a fondé Opérations Spéciales, un collectif de Gilets jaunes spécialisé dans les actions surprises, a une règle : « Pas de chef et pas de visage. La revendication, c’est le gilet. »
Il y a pourtant une contradiction à vouloir disparaître derrière un logo quand on a passé des années à faire descendre du monde dans la rue. Il la reconnaît lui-même. « Des milliers de visages pour s’exprimer sur les revendications, pas un seul représentant. » Lui ne veut pas de lumière. Mais il accepte, pour la première fois, de se livrer à un journaliste. « C’est une journaliste de la Gen Z qui s’intéresse aux Gilets jaunes. C’est cette génération qui me pose les questions. Alors, j’y réponds. »
Il faut dire qu’il a de quoi raconter. Né en 2019, Opérations Spéciales rassemble une poignée de militants qui organisent, via les réseaux sociaux, des occupations de grandes entreprises et de lieux symboliques du pouvoir économique, loin des cortèges. Le collectif côtoie des figures des Gilets jaunes comme Éric Drouet et Jérôme Rodrigues et cumule jusqu’à 350.000 abonnés sur ses plateformes, dont plus de 200.000 sur Facebook.
Des occupations qu’il tient à distinguer des violences survenues le 17 octobre. « Le groupe mène des actions non violentes, on veut manifester pacifiquement devant les lieux de pouvoir. On n’est pas dans une démarche de révolution violente mais de révolution institutionnelle. » À ses yeux, les pillages et les violences ne servent pas leurs revendications, il soupçonne même le gouvernement de les avoir laissés se produire.
Sept ans plus tard, ils ne sont plus que quelques-uns. Mais depuis septembre, Opérations Spéciales tente de revenir sur le marché pour « passer le flambeau à la nouvelle génération ». Encore faut-il que celle-ci accepte de s’en saisir.
L'Arrière-Cour est un média indépendant qui ne dépend que de ses abonnés.