Affaire Abreu : comme si de rien n’était

29 juin 2026
9 min de lecture

Chaque semaine, Hugo Bachelet et Romain Zanol vous donnent rendez-vous pour des enquêtes, des infos exclusives et des entretiens dédiés à la scène politique lyonnaise. Cet épisode est inclus dans un abonnement à prix libre, nous vous invitons à nous soutenir pour que notre travail puisse continuer à faire vivre le débat démocratique. Au menu cette semaine, Hélène Geoffroy ne fait pas l’unanimité, Anaïs Belouassa-Cherifi a dû jouer des coudes pour assister à la panthéonisation, Alain Jakubowicz s’est emballé et petit point règlement : comment Véronique Sarselli pourrait se débarrasser de Jean-Michel Aulas. Et l’enquête politique de la semaine : Véronique Sarselli, présidente de la Métropole, semble vouloir mettre derrière elle l’« affaire Roman Abreu », passée sous silence lors du conseil métropolitain du 22 juin.

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Hélène Geoffroy dans son élément

Après avoir échoué à se faire réélire à la mairie de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy (Parti socialiste) s’est trouvé un point de chute. En effet, l’ancienne maire vaudaise a été désignée tête de liste par le bureau national du PS en vue des prochaines sénatoriales. Un procédé surprenant, comme nous l’explique la députée socialiste Sandrine Runel, qui brigue aussi le poste : « Pour chacune des fédérations, les militants votent pour élire la tête de liste qui se présente aux sénatoriales. Or, le Rhône est la seule pour laquelle le bureau national a désigné une candidate. À titre personnel, j’étais prête à me soumettre au vote des militants. »

Une décision qui déplaît fortement à gauche, à commencer par les Jeunes Socialistes du Rhône, qui se sont fendus d’un communiqué : « Les votes militants ne servent pas à légitimer des décisions déjà prises, ils servent à décider. » Ils demandent ainsi de recourir à un vote pour désigner la tête de liste, comme c’est le cas pour les autres fédérations.

Cette nomination agace également les partenaires politiques avec lesquels le PS entend faire liste commune, notamment les Écologistes et L’Après, pour qui la position farouchement hostile à LFI d’Hélène Geoffroy a une part de responsabilité dans la perte de la Métropole. « Il faut dire qu’Hélène Geoffroy serait bien à sa place au Sénat… avec les gens de droite ! », tacle, amer, un élu en bonne place chez les Écologistes, auprès de L’Arrière-Cour.

Anaïs Belouassa-Cherifi recalée à l’entrée

Le 23 juin a eu lieu la cérémonie de panthéonisation de l’historien et résistant lyonnais Marc Bloch. Lors de la cérémonie, plusieurs personnalités bien connues de la vie politique lyonnaise ont été conviées par le protocole de l’Élysée. Parmi elles figuraient Grégory Doucet, le maire de Lyon, ou encore les députés Boris Tavernier, Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes), Sandrine Runel (Parti socialiste) et Anaïs Belouassa-Cherifi (La France insoumise).

Pourtant, la députée LFI a dû batailler pour se faire inviter. Jusqu'à la veille, lundi en fin de journée, celle-ci n’avait toujours pas reçu son carton d’invitation. « J’ai essayé d’appeler le protocole de l’Élysée et ils m’ont dit que c’était en raison de mon étiquette politique », relate-t-elle à L’Arrière-Cour.

Finalement, après plusieurs allers et retours avec l’Élysée, l’ancienne candidate aux municipales s’est vu remettre un faire-part. Interrogé, le protocole de l’Élysée n’a pas répondu à nos questions.

Point règlement : comment Sarselli peut-elle se débarrasser d’Aulas ?

À la suite des révélations sur l’« affaire Abreu », dont L’Arrière-Cour avait fait un résumé dans sa newsletter du 15 juin, Véronique Sarselli, présidente de la Métropole, avait tranché en mettant en retrait Jean-Michel Aulas, Laure Cédat et Emmanuel Imberton. Ces derniers ont vu leurs délégations de vice-présidents suspendues. Depuis, la question se pose : la présidente peut-elle définitivement déchoir les trois vice-présidents afin d’en nommer de nouveaux ?

Sur cette question, le règlement de la Métropole est très spécifique et ne ressemble en rien au fonctionnement des autres collectivités. À titre d’exemple, le maire de Lyon peut retirer ses délégations à un adjoint, puis soumettre le retrait du poste d’adjoint à un vote par le conseil municipal. Du côté de la Métropole, ce procédé est impossible. Il existe toutefois deux cas de figure pour changer l'exécutif.

Le premier : Véronique Sarselli démissionne, ce qui entraîne automatiquement la démission de tous les vice-présidents. Le conseil métropolitain procède alors à deux nouveaux votes : pour la présidence de la Métropole, puis pour une nouvelle liste de vice-présidents.

Le second : provoquer la réélection de la commission permanente. Si un élu Grand Cœur lyonnais démissionne de ladite commission et qu’au moins deux candidats Grand Cœur lyonnais se présentent pour prendre cette place, cela entraîne une nouvelle élection pour la commission permanente ainsi que la réélection de tous les vice-présidents, ceux-ci devant obligatoirement être membres de la commission permanente.

Dans les deux cas, il faut en passer par un vote et donc le risque d’étaler les divisions d’une majorité que l’affaire a fait éclater en trois groupes. Le statu quo, en revanche, lui évite d’engager de nouvelles et difficiles négociations.

Jakubo vite dit

Alain Jakubowicz a parlé trop vite. Depuis les révélations sur l’affaire Abreu, l’avocat de Jean-Michel Aulas est monté au créneau, notamment le 17 juin dernier dans les colonnes du Progrès, pour défendre l’ancien patron de l’OL. Deux jours plus tard, il retweetait un article de Tribune de Lyon annonçant que Véronique Sarselli allait multiplier par quatre son indemnité de présidente du Sytral, en commentant : « Vous avez dit faute morale ? @grandlyon ». Ironie de l’histoire, le mercredi 24 juin avait lieu le premier conseil d’administration de la présidence de Véronique Sarselli. Jean-Michel y était bien présent et a voté… pour l’augmentation des indemnités de la présidente.
L'enquête politique de la semaine

Affaire Roman Abreu : comme si de rien n’était

Pour le premier conseil métropolitain présidé par Véronique Sarselli, lundi 22 juin, la majorité est restée silencieuse vis-à-vis de l’« affaire Abreu ». Parmi les élus dont la délégation a été suspendue, Jean-Michel Aulas et Laure Cédat ont laissé leurs sièges vides, tandis qu’Emmanuel Imberton était bien présent sur l’estrade.

Le 22 juin s’est tenu le premier conseil métropolitain présidé par Véronique Sarselli, alors que la majorité traverse une crise politique majeure depuis les révélations dans la presse d’une plainte pour viol aggravé visant Roman Abreu, le spin doctor de Jean-Michel Aulas. La présidente avait alors supprimé les délégations de son 1er vice-président, Jean-Michel Aulas, de Laure Cédat (déléguée à la culture) et d’Emmanuel Imberton (économie). Sarselli leur reproche la gestion de l’affaire frappant Roman Abreu, qui a été maintenu en poste jusqu’à la fin de la campagne, alors qu’une militante de Génération Aulas l’accusait de viol aggravé au mois de janvier dernier.

Au regard de la gravité des faits et de sa forte médiatisation, l’affaire a plané sur le conseil, et le silence de la présidente est devenu assourdissant. « On a le sentiment qu’ils cherchent à étouffer l’affaire, qu’ils jouent la montre, parce qu’avec l’été qui arrive, le calendrier joue en leur faveur », soupire auprès de L’Arrière-Cour Sandrine Runel, coprésidente du groupe Socialiste et Place publique.

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