L’avenir des 281 personnes du squat Milan entre les mains de la justice

17 juin 2026
7 min de lecture

Chaque semaine, Hugo Bachelet et Romain Zanol vous donnent rendez-vous pour des enquêtes, des infos exclusives et des entretiens dédiés à la scène politique lyonnaise. Cet épisode est inclus dans un abonnement à prix libre, nous vous invitons à nous soutenir pour que notre travail puisse continuer à faire vivre le débat démocratique. Au menu cette semaine : L’Arrière-Cour vous résume l’« affaire Abreu », Aulas fait intervenir son avocat, Mediacités est noyé par Wauquiez, et Tim Bouzon fait la chasse au wokisme. L’enquête politique de la semaine : le 12 juin se tenait l’audience du squat Milan au nouveau palais de justice de Lyon. La Métropole, opposée au collectif Solidarités femmes à la rue, exige l’expulsion des 281 personnes qui ont trouvé refuge dans ces bâtiments du 3e arrondissement.

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Les exclusifs de l'Arrière-Cour
Roman Abreu visé par une plainte pour viol aggravé

« On attendait qu’Aulas nous dise qu’il avait merdé, qu’il reconnaisse qu’il aurait dû virer Abreu immédiatement… Mais il ne nous a parlé que de ses avocats. À l’entendre, il avait parfaitement géré la situation, il n’avait rien à se reprocher ! » Une élue expérimentée de Grand Cœur lyonnais confie à L'Arrière-Cour sa fureur après la réunion d’urgence convoquée le 11 juin dernier. Elle faisait suite aux révélation par Le Monde et BFMTV de la plainte pour viol aggravé qui vise Roman Abreu, directeur de campagne officieux de Jean-Michel Aulas et grand manitou de sa communication

Une jeune candidate sur les listes conduites par Aulas accuse en effet Abreu de l’avoir piégée et violée par soumission chimique au début du mois de janvier. Dans sa plainte, elle indique avoir accepté une invitation à dîner de ce cadre incontournable de la campagne, le 8 janvier, après la cérémonie des vœux à la préfecture. Selon son témoignage rapporté par Le Monde, se sentant mal en sortant du restaurant, elle vomit et se voit proposer un taxi. Alors dans un état de semi-conscience, elle est amenée dans une chambre de l’hôtel Intercontinental, le palace situé dans l’ancien Hôtel-Dieu, où elle dit avoir été violée. Un mois plus tard, elle en informe Laure Cédat, alors présidente du comité de soutien du candidat, ainsi qu’Emmanuel Imberton et Jean-Michel Aulas lui-même.

Une non-réaction de Jean-Michel Aulas

Pour la plupart des élus que nous avons pu interroger, la réaction du trio n’a pas été à la hauteur et ils le lui font savoir lors de la fameuse réunion. Parmi les plus virulents, Alexandre Vincendet, maire (Horizons) de Rillieux-la-Pape, rappelle que l’article 434-1 du code pénal impose à quiconque d’informer la justice s’il a connaissance d’un crime « dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés ». Comme lui, beaucoup d’élus ne comprennent pas pourquoi a minima Roman Abreu n’a pas été limogé sur-le-champ. Aulas ne les a guère convaincus en leur expliquant qu’il avait convoqué Abreu avec cette intention, mais qu’il y avait renoncé car ce dernier, après avoir nié les faits, avait rappelé sa présomption d’innocence et le contrat qui le liait au candidat...

“Aulas a mis toute la responsabilité sur une jeune femme de 20 ans”

Aulas a alors préféré appeler la victime pour lui demander ce qu’elle souhaitait faire. « C’est mettre toute la responsabilité de la campagne sur une jeune femme de 20 ans, ce n’est pas digne », s’étrangle une élue. « Aulas nous a raconté qu’il avait demandé à Abreu de se mettre en retrait de la campagne, mais c’est faux, on a bien vu qu’il était là jusqu’au bout, à la présentation du programme ou au soir du deuxième tour. »

Une autre réunion des élus Grand Cœur lyonnais à la Ville de Lyon a eu lieu le lendemain, dans un climat tout aussi explosif, une élue accusant Jean-Michel Aulas de leur avoir « menti ». Roman Abreu était en effet présent le 20 février lors de la présentation du programme du candidat, lors de son débat devant le Club de la presse quatre jours plus tard, lors de son dernier meeting à la Sucrière le 11 mars, mais aussi lors des soirées électorales du premier et du second tours. Contacté, Roman Abreu n’a pas souhaité répondre. Il est présumé innocent.

 

Véronique Sarselli débranche son 1er vice-président

Le matin de cette réunion de crise, Véronique Sarselli, présidente (LR) de la Métropole, avait pourtant convoqué son 1er vice-président, Jean-Michel Aulas, sa vice-présidente à la culture, Laure Cédat, et son vice-président à l’économie, Emmanuel Imberton, pour leur proposer une solution de repli honorable : une mise en retrait provisoire de leurs fonctions. « C’était aussi une manière de les protéger », confie une de ses proches. « Certains trouvaient déjà que c’était bien trop clément », embraie une élue.

Mais le trio se braque, estimant qu’il n’est pas mis en cause dans cette affaire et qu’il a parfaitement géré la situation. Sarselli décide alors d’elle-même de les mettre en retrait, sachant qu’elle a le pouvoir de leur retirer leurs délégations, mais pas de les faire démissionner. La présidente de la Métropole a alors la surprise de voir Aulas lui envoyer son avocat, Alain Jakubowicz. « Aulas se croit dans un conseil d’administration, il pense nous faire peur avec des arguments juridiques – il n’a rien compris à la politique », indique un élu. De fait, Véronique Sarselli a refusé de prendre l’avocat au téléphone.

 

Le bateau Cœur lyonnais prend l’eau

Côté Ville, Jean-Michel Aulas, devenu radioactif politiquement, s’est mis en retrait – dans la douleur – de la présidence de Cœur lyonnais. Alors que le départ de plus de la moitié des membres de Cœur lyonnais a entraîné une recomposition des groupes au conseil municipal, douze élus se sont entendus pour créer le groupe « Lyon ensemble » : Pierre Oliver, Thomas Rudigoz, Samuel Soulier, Romain Billard, Nina Bouffet, Laurence Croizier, Hélène Dabbadie, Émilie Desrieux, Emmanuel Hamelin, Laïla Khallouk, Sarah Peillon et Barbara Vélon.

Loic Terrenes, Édouard Hoffmann, Charlotte Hoffmann et François-Xavier Pénicaud ont quant à eux constituer un groupe à quatre, baptisé « Lyon, humaniste et démocrate ». « Il n’y avait pas de bon compromis », explique Édouard Hoffmann à L’Arrière-Cour. « Je ne suis pas solidaire de Cœur lyonnais, l’affaire a été mal gérée et je ne me voyais pas y rester. Quant à l’autre groupe, je le trouve trop à droite. »

Alain Giordano a, lui, décidé d’être non-inscrit lors du prochain conseil, « en attendant de voir quelles orientations prennent les trois groupes recomposés », justifie-t-il auprès de L’Arrière-Cour.

Il reste dès lors neuf élus autour de Jean-Michel Aulas à Lyon : Charles-Franck Lévy et Yann Cucherat (qui prennent la tête de Cœur lyonnais), Laure Cédat, Emmanuel Imberton, Laurence Balas, Béatrice de Montille, Anne Delaigle, Franck Pelissier et Catherine Voisin-Moulinier.

 

Un secret de polichinelle

Les révélations sur ce que la presse nomme désormais l’« affaire Roman Abreu » se poursuivent de jour en jour. Alors que l’entourage de la plaignante est entendu par les enquêteurs le 16 juin, la veille, Alexandre Vincendet (maire de Rillieux-la-Pape et vice-président délégué à l’habitat) a vidé son sac sur le plateau de BFMTV.

L’édile soutient que d’autres élus étaient au fait des accusations contre Roman Abreu. Selon lui, certains, dont Béatrice de Montille, savaient et ont été sommés de se taire : « Politiquement, si vous ne réagissez pas [aux accusations], vous n’êtes pas à la hauteur. (…) Certains – et je ne parle pas de Jean-Michel Aulas – ont eu une attitude menaçante. Certaines personnes vous expliquent que si vous les mettez en cause, vous tomberez avec elles. »

 

Mediacités croule sous le papier

Le feuilleton qui dure depuis plusieurs années entre Mediacités et les notes de frais de Laurent Wauquiez est-il enfin arrivé à son terme ? Au bout de près de cinq années de bataille juridique, durant lesquelles la Région Auvergne-Rhône-Alpes a tout tenté pour bloquer la démarche de nos confrères, la collectivité a été condamnée par la justice à transmettre les notes de frais de son président, de son exécutif et de son cabinet.

Si la Région s’est exécutée, elle n’a pas pu s’empêcher une dernière entrave en transmettant les quelque 7.000 pages de documents… en version papier, sans classement. « Certains documents sont des PDF, donc ils ont imprimé des choses… qui étaient déjà numérisées ! », s’étonne auprès de L’Arrière-Cour Nicolas Barriquand, rédacteur en chef de Mediacités Lyon.

Pour éplucher ces 26 kilos de paperasse répartis dans trois cartons, Mediacités a fait appel à la bonne volonté de ses soutiens et de ses lecteurs, et leur a donné rendez-vous le jeudi 18 juin afin de s’attaquer à cette montagne de notes de déjeuners, de billets de train et autres tickets de parking. Une démarche victime de son succès : « Au total, plus de 400 personnes ont répondu à notre demande ! », s’est amusé Nicolas Barriquand.

 

Tim Bouzon fait la chasse au wokisme

Tim Bouzon (RN) a décidé de faire la chasse au wokisme dans la Métropole. Dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux, sobrement intitulée « Métropole des Woke », l’élu fait le tour des locaux de la collectivité accompagné de l’influenceur d’extrême droite Tony Pittaro. Objectif de la séquence ? Critiquer la communication interne et les affiches qui alertent contre les phrases discriminatoires telles que : « Quelle chochotte celui-là », « Il ? Elle ? De nos jours, on ne sait plus… » ou encore « Rigolo ta coupe afro ! Je peux toucher ? »

Tony Pittaro s'insurge de n’avoir « même plus le droit de faire des blagues », et s’étonne que certaines personnes puissent faire des réflexions sur les coupes afro : « Mais qui dit ça ?! » Pourtant, « je peux lui faire une liste longue comme le bras », rit jaune une employée de la Métropole. Côté Métro, justement, on laisse couler : « Nous aussi, on critique cette com’ interne, mais il y a d’autres sujets plus importants en ce moment », précise le cabinet de Véronique Sarselli à L’Arrière-Cour. « On travaille actuellement dessus pour en faire une nouvelle. »
L'enquête politique de la semaine

L’avenir des 281 personnes du squat Milan entre les mains de la justice

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Rassemblement à la sortie du palais de justice de Lyon pour soutenir les occupantes du squat Milan, vendredi 12 mai.

Le vendredi 12 juin se tenait l’audience du squat Milan au nouveau palais de justice de Lyon. La Métropole, opposée au collectif Solidarités femmes à la rue, exige l’expulsion des 281 personnes qui ont trouvé refuge dans ces bâtiments du 3e arrondissement. Majoritairement des femmes et des enfants, elles risquent de se retrouver de nouveau à la rue.

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