Le RN, une conception du débat démocratique à géométrie variable
Dans un communiqué envoyé mercredi 10 décembre, Tim Bouzon, le candidat du Rassemblement national pour les élections municipales de Décines-Charpieu et bras droit de la députée Tiffany Joncour, reproche à Véronique Sarselli (LR) de l’avoir bloqué sur X. Celui-ci avait demandé à l’actuelle maire de Sainte-Foy-lès-Lyon, qui vient tout juste de rejoindre Grand Cœur lyonnais, «
des explications » sur son «
glissement vers le macronisme » et son «
programme désormais aligné sur la gauche ». Tim Bouzon déplore «
une conception inquiétante du débat démocratique », et l’utilisation de méthodes comme «
l’évitement, le verrouillage et la mise à distance de toute contradiction ».
Une critique pour le moins audacieuse : le 7 décembre dernier, le RN a empêché une journaliste de
Rue89Lyon d’accéder au premier meeting de Tiffany Joncour à Villeurbanne. Le média, qui avait demandé en amont une accréditation pour l'événement, s’était vu opposer le refus de Tim Bouzon : «
Non Merci », avait-il répondu aux journalistes.
Rue89Lyon avait alors tenté d’assister à ce meeting ouvert au public en tant que spectateur, avant d’être à nouveau recalé à l’entrée.
Interrogé par
L’Arrière-Cour, Tim Bouzon explique cette interdiction par
la publication d’un article le jour même, «
qui vomissait une haine de nos orateurs et justifiait les attaques sur le lieu où se tenait le meeting ». En réalité, ledit article annonçait simplement la tenue d’une manifestation contre le RN en marge du meeting du 7 décembre. Comme le souligne
Rue89Lyon, d’autres médias avaient annoncé l'événement, comme
Le Progrès, qui a bien été convié au rassemblement. Cette atteinte grave à la liberté et à la pluralité de la presse n’est pas une première, comme le rappellent nos confrères de
Rue89Lyon : un journaliste de
Médiacités et un autre de la
Tribune de Lyon avaient été exclus de la soirée électorale du RN lors du second tour des législatives 2024.
Étienne Blanc flirte avec le RN et se fait larguer par Cœur lyonnais
Pour sceller l’accord entre Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli (LR) dans la course à la Métropole, l’ancien président de l’OL avait posé sa condition : «
Pas d’accord avec le RN. » Une ligne qui n’a visiblement pas été comprise par Étienne Blanc (LR), sénateur, conseiller du 3ᵉ arrondissement et membre du groupe Cœur lyonnais. Interviewé sur Public Sénat, il a déclaré à propos de l’élection présidentielle de 2027 qu’il fallait «
rassembler toutes les droites » puisque «
le terme d’extrême droite ne veut plus rien dire ». Gêné aux entournures, le camp Aulas a décidé de l’exclure de Cœur lyonnais ce mercredi 10 décembre. «
Je n’ai pas été surpris, je prends simplement acte de leur décision », exprime le désormais ex-Cœur lyonnais à
L’Arrière-Cour. S’il se défend de s’être cherché une place aux prochaines élections, et assure avoir seulement «
proposé [son] aide » au groupe d’Aulas, Étienne Blanc indique s’être «
exprimé sur le plan national, à propos d’une ligne qui est celle de [sa] famille politique, et qui est tenue par Bruno Retailleau, David Lisnard, Nicolas Sarkozy, ou encore Laurent Wauquiez par moment ». Sa mise à la porte lui a été notifiée par un simple SMS. Quelle était la teneur de ce texto de rupture ? Étienne Blanc, à peine vexé : « Je ne sais pas. J’ai lu et effacé. »
Bruno Bernard l’arroseur arrosé
Dans
son édition du 26 novembre,
L’Arrière-Cour rapportait les critiques émises par Bruno Bernard concernant l’agence de communication de Jean-Michel Aulas, dont il estimait «
difficile » qu’elle soit «
pertinente depuis Paris ». Depuis, deux semaines ont passé, et Bruno Bernard est officiellement entré en campagne pour briguer un nouveau mandat à la tête de la Métropole. Cette semaine,
L’Arrière-Cour apprend que Bruno Bernard s’est lui aussi entouré d'agences de communication, dont l’agence Bastille, basée à… Paris. Une information soufflée par l’équipe de Jean-Michel Aulas, qui enjoint notre média à interroger la majorité sortante sur “
le problème de conflit d’intérêt et le mélange des genres manifeste que cela pose », l’agence Bastille travaillant également avec la Métropole dans le cadre de marchés publics.
Dans l’équipe de Bruno Bernard, on souligne que les deux situations n’ont rien à voir. «
Bastille nous accompagne sur l’identité visuelle de la campagne ; la stratégie politique et de communication est, elle, faite directement par l’équipe de campagne », avance Renaud Payre, directeur de campagne de Bruno Bernard. Il rappelle que le président-fondateur de l’agence, Étienne Vicard, est «
lui-même lyonnais et connaît très bien la ville ». Quant au potentiel conflit d'intérêt, l’actuel vice-président délégué à l’habitat le réfute catégoriquement : «
Bastille a remporté quelques marchés, mais la Métropole utilise de nombreuses agences de communication et c'était une possibilité que des agences participent parmi d'autres à la sélection pour la communication de la campagne. Mais ce sont deux choses complètement segmentées. »
Extrait de la BD-enquête, "Jean-Michel Aulas, du Grand Stade aux municipales", par B-gnet.