
L’association La Pause Brindille accompagne les jeunes aidants par le biais d’un service d’écoute, de temps d’échanges mensuels et d’une communauté numérique. © La Pause Brindille
À Lyon, une association tente de rendre visibles ces jeunes qui accompagnent un parent malade ou en situation de handicap. Si certains vivent bien cette responsabilité, d’autres peinent à concilier aide, études et vie sociale. Derrière ces trajectoires singulières se cache un enjeu politique : les jeunes aidants incarnent les limites d’un modèle social où la charge du soin est de plus en plus renvoyée à la sphère privée. Une enquête signée Chiara Audureau.
« Mon père est cérébrolésé et ma mère a un handicap physique qui se dégrade aussi mentalement, à cause d'une maltraitance subie quand elle était jeune. » Émelyne, 16 ans, est élève en première à Lyon. Fille unique, elle aide ses parents au quotidien tout en suivant sa scolarité. « J'avais conscience que ma situation était différente des autres familles, mais au point d'être une aidante, pas tellement. Pour moi, c’est mon quotidien, c’est comme ça depuis ma naissance. »
Concrètement, cela signifie être présente lors des crises, soutenir moralement ses parents, aider pour les papiers administratifs, « parfois même pour les opérations bancaires », précise-t-elle. Un quotidien loin d’être un cas particulier. En France, plus de neuf millions de personnes apportent une aide régulière à un proche dépendant, malade ou en situation de handicap. Parmi elles, on compte plus de 500.000 mineurs, et un jeune sur dix chez les 16-25 ans. Une population longtemps ignorée des statistiques et des pouvoirs publics, alors même qu’elle traduit un glissement du soin vers la sphère familiale.
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