Quand un sociologue révèle à un physicien ce que sont les atomes

Bruno Latour a inspiré de nombreux intellectuels de l’agglomération lyonnaise, et plus particulièrement des projets comme l’École urbaine, la Fabrique des questions simples et le Master Design de l’anthropocène. Le 27 octobre, le physicien Pablo Jensen participera à un hommage qui lui sera rendu à la Cité des Halles*. Il a accepté d’éclairer, pour les lecteurs de L’Arrière-Cour, les ressorts de la controverse entre certains de ses confrères et les théories de Bruno Latour, et à quel point la longue collaboration qu’il a entretenue avec le sociologue ces 20 dernières années a enrichi son propre travail. En utilisant une parabole autour d’un tigre, Bruno Latour lui a permis de comprendre, lui le physicien, ce que sont les atomes. Cet article de Pablo Jensen est illustré par Jeanne Alcala.

Les physiciens connaissent très bien les atomes. C’est même l’un des fondements de leur compréhension du monde. Ainsi les cours donnés par Richard Feynman (prix Nobel 1965) – la bible de la physique – commencent-ils ainsi : « Si, dans un cataclysme, toute notre connaissance scientifique venait à être détruite, et qu’une seule phrase passe aux générations futures, quelle affirmation contiendrait le maximum d’informations dans le minimum de mots ? » Et voici sa réponse : « Toutes les choses sont faites d’atomes – petites particules qui se déplacent en mouvement perpétuel, s’attirant mutuellement à petite distance les unes les autres et se repoussant lorsque l’on veut les faire se pénétrer. » Et Feynman poursuit, en prenant l’exemple d’un banal verre d’eau : « Pour nos pauvres yeux, rien ne semble changer », mais si nous pouvions voir avec les yeux des physiciens, un milliard de fois plus puissants, nous verrions « quil se passe constamment des choses : des molécules quittent la surface, des molécules y reviennent ». Là où le commun des mortels voit un bête verre d’eau, les physiciens voient plus et mieux, et c’est bien pour ça que j’ai voulu en devenir un, pour me sentir plus malin et atteindre la « vraie réalité », au-delà des apparences…

Les atomes sont tellement bien connus des physiciens qu’ils peuvent s’en servir pour illustrer les absurdités proférées par les sociologues des sciences, au premier rang desquels Bruno Latour. Dans De l’atome imaginé à l’atome découvert. Contre le relativisme, paru en 2015, mes collègues Hubert Krivine et Annie Grosman dénoncent celui qui, devenu directeur scientifique de Sciences Po, risquait de convertir au relativism…

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