La longue lutte des victimes du « Picasso des églises »

Six ans après l’affaire Preynat, le diocèse de Lyon doit affronter à nouveau une vague de témoignages de victimes accusant l’Église d’avoir fermé les yeux pendant des années face à des actes de pédocriminalité. Cette fois-ci, l’accusé s’appelle Louis Ribes, surnommé « le Picasso des églises ». De son ordination en 1947 à sa mort en 1994, il a exercé au sein des diocèses de Lyon, Grenoble et Saint-Étienne. Tantôt enseignant d’art dans les séminaires, tantôt artiste, il a côtoyé de nombreux enfants au cours de sa vie. Une enquête d’Honorine Soto.

Photographies d’époque de Luc Gemet lors des « séances » chez Louis Ribes © Boris Heim/Club de la presse de Lyon

Cinquante et un : c’est, à ce jour, le nombre de victimes de Louis Ribes qui ont fait un signalement dans les trois diocèses où ce dernier a exercé. Vingt-cinq ont témoigné par écrit auprès du collectif des victimes du père Ribes, créé par Annick Moulin et Luc Gemet. L’Arrière-Cour a eu accès à ces signalements. À leur lecture, les similitudes apparaissent dans toute leur évidence : ce sont des histoires d’enfants âgés de 8 à 14 ans, qui ont côtoyé le père Ribes pendant des vacances dans leur village ou même au sein de leur milieu familial. Le prêtre était souvent proche des parents de ses victimes, parfois considéré comme un ami de la famille. La confiance était totale.

À l’époque, le père Ribes est certes prêtre mais aussi artiste. Chemins de croix, tableaux et autres vitraux portent son nom. C’est sous ce prétexte artistique qu’il instaure un véritable système : il propose aux parents que leurs enfants posent pour lui. Et dans son atelier improvisé, le père Ribes leur demande de se déshabiller. Une fois les coups de crayon terminés, le prêtre invite l’enfant sur ses genoux pour admirer « son œuvre ». Là, il se permet de poser ses mains sur eux. Ensuite, « il [range] soigneusement » ses croquis dans son tiroir de commode. Ce scénario, ce fut notamment celui vécu par Annick : « Il me parlait de mes “nénés” et de ma “zézette”, ça a duré de mes huit à mes douze ans. » Les agressions continuent chez les parents lorsque le prêtre vient manger : les attouchements se passent sous la table à manger.

Comme Annick, Luc a huit ans lorsque le père Ribes pose les mains sur lui pour la première fois. Après un infarctus, le prêtre, accueilli chez les parents de Luc, demande à avoir un « garde-malade ». Ce sera Luc. Il témoigne pour la première fois dans Marianne en octobre 2021 : « Je devais descendre mes mains, il a instauré une masturbation quasi quotidienne, il m’expliquait que …

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