Régionales : Laurent Wauquiez, le président du clivage permanent

D’un côté, les maires Les Républicains d’Auvergne-Rhône-Alpes brossent le portrait d’un président de Région « charismatique, leader et réactif ». De l’autre, l’opposition parle d’un Laurent Wauquiez « Big Brother » (Fabienne Grébert) ou encore « cynique et complotiste » (Najat Vallaud-Belkacem). Là où il « fait le travail sur le terrain » selon ses soutiens, il « s’attache à opposer les gens les uns aux autres » pour les forces de gauche. Annoncé plutôt en dessous de ses scores de 2015, Laurent Wauquiez fait néanmoins figure de favori du scrutin dont le premier tour aura lieu ce dimanche, grâce à une opposition divisée entre les formations de gauche et la majorité présidentielle.

Pour cette dernière édition avant le premier tour des régionales ce dimanche, L’Arrière-Cour dresse le bilan de l’action de Laurent Wauquiez et donne longuement la parole à sa tête de liste dans le Rhône, Renaud Pfeffer. Une enquête et un entretien de Romane Guigue, illustrés par Jibé.

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Auvergne-Rhône-Alpes : le bilan de cinq ans de présidence Wauquiez

Économies réalisées (mais sur quoi ?), formation professionnelle « recentrée » (ou victime de coupes budgétaires massives ?), projets ferroviaires bloqués en gare, insistance sur la sécurité qui ne relève pourtant qu’à la marge des compétences régionales… Tirons le bilan de cinq ans de présidence Wauquiez.

Des économies, mais à quel prix ?

L’a-t-on assez entendu ? Laurent Wauquiez a réalisé plus d’un milliard d’euros d’économie sur l’ensemble de son mandat. Le candidat de 2015 avait promis de réduire les dépenses de fonctionnement : c’est chose faite. La Cour des comptes indiquait es.fr/sites/default/files/2017-10/20171011-rapport-finances-publiques-locales.pdf">dans un rapport de 2017  que « les Régions Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes sont les seules à avoir réduit leurs dépenses de personnel, respectivement de 0,2 % et de 1,1 %. (…) La Région Auvergne-Rhône-Alpes a réalisé des mesures d’économie principalement sur la masse salariale des personnels non titulaires. » Promesse tenue, donc. Mais à quel prix ?

Bruno Bonnell, candidat LREM, reconnaît que la Région a été « bien gérée » ; pour autant, elle a cruellement manqué « de vision, de projets ». Même constat chez les socialistes : « Il dit que la Région a été bien gérée mais ça peut toujours être le cas quand on fait des économies », pointe Jean-Jack Queyranne. L’ancien président PS de la Région Rhône-Alpes ne peut s’empêcher de constater la chute libre en matière de formation professionnelle : « Laurent Wauquiez a voulu appliquer les recettes de la droite en voulant restaurer les finances, mais les économies de gestion ont été faites dans des domaines fondamentaux. Il a tapé sur la formation, la culture, l’environnement… »

Formation professionnelle : pas intéressé

« Recentrer notre offre de formation professionnelle, en fermant les formations inutiles comme celles des métiers du cirque ou des marionnettistes et au contraire en développant celles qui débouchent sur de vrais emplois », pouvait-on lire dans le programme 2015 de Laurent Wauquiez. Il semblerait toutefois que la seconde partie de la promesse ait été oubliée… Mediacités rappelle ainsi que le domaine de la formation professionnelle, compétence pourtant majeure de la Région, a souffert d’une massive coupe budgétaire : « Sur les 314,8 millions d’euros de dépenses de fonctionnement économisées par la Région entre 2015 et 2020, 117,8 millions d’euros – soit plus du tiers – correspondent à une baisse des dépenses dans la formation professionnelle continue. » Et la candidate socialiste Najat Vallaud-Belkacem de s’insurger : « Ces économies sont une perte de chance pour les habitants de la Région. Et au-delà de ces millions économisés, Laurent Wauquiez n’est pas allé chercher l’argent de l’État auquel il avait droit. »

En visite à Lyon pour soutenir Bruno Bonnell, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, rappelait : « Auvergne-Rhône-Alpes est une des Régions avec lesquelles il a été le plus difficile de conclure le Pacte régional d’investissement dans les compétences. Or, le PRIC, ce n’est pas juste un plan, ce ne sont pas juste des milliards. Ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont dû attendre de pouvoir bénéficier de parcours d’insertion et de formation. »

Pour Renaud Pfeffer, maire LR de Mornant et tête de liste dans le Rhône, le problème vient avant tout de « l’État toujours hyper-centralisateur, qui rajoute de la lourdeur administrative et qui réforme la formation professionnelle au détriment des jeunes et des entreprises qui cherchent à recruter ». Que l’on se rassure, cependant : dans son programme 2021, Laurent Wauquiez promet de travailler sur les métiers en tension. Si c’est promis, alors… « En fait, entre 2015 et 2020, le nombre de contrats d’apprentissage a augmenté de 77% dans la région », relève encore Renaud Pfeffer. « La Région avait pour objectif d’atteindre 60.000 apprentis ; cet objectif est atteint. »

Une réussite qu’il serait sans doute plus juste d’attribuer à la politique très offensive mise en œuvre par l’État depuis 2018, avec des aides allant désormais jusqu’à 8.000 euros par an et par apprenti. Au niveau national, sur la même période, la hausse du nombre d’apprentis est d’ailleurs supérieure encore, à 81,9%.

Des amendes pour les trains en retard

Autre compétence sinon mise à mal, du moins délaissée pendant le dernier mandat : le transport. Là encore, le bât blesse. Très attendu sur les trains, le président sortant n’a pas su « se montrer à la hauteur », constate Jean-Jack Queyranne. « Même si c’est lourd, il y a un grand déficit sur le Lyon-Clermont et le Clermont-Paris. Il a voulu que les trains arrivent à l’heure en imposant une amende par minute de retard, et c’est déjà une bonne chose. Mais il aurait fallu mettre la SNCF au pied du mur. Là, il s’est embarqué dans ces projets démagos que sont les projets routiers. La RN88 et l’autoroute A45. J’avais dit que ce n’était pas le rôle de la Région. Et puis, on fait soit l’un, soit l’autre : la route ou les trains. Et là, rien n’a avancé. »

Renaud Pfeffer tient à nuancer : « Les projets ferroviaires se mènent sur le long terme avec la SNCF. Il y aura une action de la Région au prochain mandat. La Région a sauvé tout un tas de petites gares qui étaient vouées à la disparition. On sait que, dans le programme de Laurent Wauquiez, il y a un plan spécifique pour les petites gares de voyageurs, la prolongation du tram-train de l’Ouest lyonnais, la réouverture de la gare de Condrieu… Que des choses enterrées par les mêmes qui aujourd’hui critiquent Laurent Wauquiez. »

Quant au dédoublement de la RN88, promis depuis plus d’un quart de siècle par l’État, il devait enfin voir le jour grâce à Laurent Wauquiez, qui avait assuré que la Région abonderait financièrement à hauteur de plus de 230 millions d’euros. Depuis, rien ou presque. De la colère. Et des opposants remontés.

Sécurité, la star de la campagne

Alors qu’elle ne relève qu’à la marge des compétences régionales, Laurent Wauquiez a réussi à faire de la sécurité le principal sujet de la campagne, comme il y a six ans. Durant le mandat écoulé, le président a fait le choix d’aider les communes à s’équiper en matériel de vidéosurveillance. « Wauquiez, il est sur le terrain, c’est le président qui a été à mon écoute et qui m’a aidée », assure Laurence Fautra, quatrième sur la liste de Laurent Wauquiez. « Et pas juste parce que je suis LR. Je ne pense pas qu’il soit clientéliste à ce niveau-là. Ce qui intéresse vraiment les gens, c’est le cadre de vie et la sécurité. Et ce n’est pas en faisant des jardins partagés qu’on aura plus de sécurité. Moi, je l’ai sollicité parce que personne ne nous donne les moyens : ni l’État ni la Métropole, juste la Région. Sinon, c’est à notre charge. Alors oui, forcément, on est contents. » Le maire de Mornant acquiesce : « J’ai mis de la vidéoprotection dans ma commune, le résultat a été immédiat. Une baisse de la délinquance et une aide à la résolution des délits. »

Tout début juin, le président sortant réaffirmait son intention de sécuriser davantage les lycées après qu’une jeune lycéenne de la Martinière-Diderot eut été victime d’une « expédition punitive » menée par « une bande de voyous islamistes » parce qu’amoureuse d’un non-musulman, selon les mots de Laurent Wauquiez. Pour l’heure, ni le rectorat ni le parquet n’ont pu confirmer les dires du président de la Région…

À gauche comme à droite, on s’est emparé des sujets de sécurité. Najat Vallaud-Belkacem prévoit des agents pour « rassurer aux abords des lycées », Bruno Bonnell veut « réintroduire du civisme ». Andréa Kotarac (RN) trouve, lui, que le dispositif du président n’est pas suffisant : « Laurent Wauquiez a une vision de la sécurité qui s’arrête aux portiques. Or, il y a eu des “incidents séparatistes”, comme je les appelle, à la suite des minutes de silence en hommage à Samuel Paty, et ça, c’était bien à l’intérieur des lycées ! Il faut prendre conscience que notre nation est en train de se fracturer. »

Quand on reprend le programme de 2015, les cases sont globalement cochées : plus d’agents de sécurité dans les gares et dans les TER, aide à l’armement des policiers municipaux et équipements de sécurité dans les lycées – même si ces derniers se sont révélés moins efficaces que prévu.

Petite course de fin de mandat

Une des fiertés de Laurent Wauquiez pour la Région, c’est la création du Campus numérique. Après deux années de travaux et 52 millions mis sur la table, le président a misé gros sur le numérique en voulant faire de ce campus un atout pour qu’Auvergne-Rhône-Alpes devienne « la première région industrielle du futur, façon Silicon Valley ». Ouvert tout récemment, il n’a pas encore pu faire ses preuves, mais il prévoit d’accueillir une douzaine d’écoles et quelque 3.500 étudiants.

En parallèle, beaucoup des aides promises pour accompagner l’emploi ont été mises en place au cours des deux dernières années, comme celle pour aider les agents du tourisme à se former, et celle pour accompagner les petits commerces à s’installer ou se développer en zone rurale.

Autocrate ou super-réactif ?

Le bilan épluché, c’est Laurent Wauquiez lui-même qui passe sous la loupe des candidats. Et là encore, tout est une question de point de vue. Conseillère régionale écologiste, Fabienne Grébert dénonce un « manque de transparence et d’informations » : « On a les délibérations la veille pour les commissions du lendemain. On ne peut pas intervenir, tout est verrouillé. » Réponse de la majorité : « Je ne suis pas conseiller régional, mais ce qu’on voulait, c’était de la rapidité. On est sorti d’un parcours du combattant administratif avec la formule Queyranne, au profit d’une Région réactive qui avance sur le terrain. » Le maire de Mornant conclut : « Le grand projet de ce mandat, c’est l’investissement-phare pour tous ceux qui font la force de nos territoires. Les entreprises, les agriculteurs, les associations, les collectivités, personne n’a à s’en plaindre. »

Pour l’ancien président de Rhône-Alpes, c’est tout l’inverse : « Il a abîmé l’idée de Région. Il y avait un grand défi à construire Auvergne-Rhône-Alpes. Mais on n’a jamais eu de projet d’union et constituant pour cette grande Région. » Fair-play, Jean-Jack Queyranne reconnaît malgré tout que le projet des grandes Régions n’était pas chose aisée : « Le projet était mal préparé, conçu par un gouvernement que je soutenais mais qui malheureusement nous l’a imposé. Pour autant, Laurent Wauquiez a manqué de vision. Est-ce qu’il y croit seulement ? Je n’en sais rien. »

À quelques jours des élections, l’opposition s’active pour dénoncer un personnage clivant : « C’est un président qui raisonne en communes par communes, sans vision d’ensemble », déplore Jean-Jack Queyranne. « Et il a un goût pour la provocation, souvenez-vous des crèches à l’Hôtel de Région. Il est dans la recherche absolue de satisfaire le goût du jour. » Pour les écologistes, il « oppose les villes et les campagnes, les communes de droite et les autres, l’Auvergne et Rhône-Alpes ». À droite, le maire de Mornant veut rectifier : « Wauquiez, c’est un leader. Que les gens apprécient ou non sa personnalité, c’est une chose. Mais derrière, la réalité des actions plaide en sa faveur. » La suite ce dimanche 20 juin.

Renaud Pfeffer : « Wauquiez, c’est le leader, que les gens apprécient ou non sa personnalité »

Maire de Mornant depuis 2014 et tête de liste LR dans le Rhône pour les élections régionales, Renaud Pfeffer dresse le bilan d’un président de Région qui « a bossé » pendant six ans, même s’il reste des projets « au long cours » à mener sur les transports ou la formation professionnelle. La grande réussite de ce mandat selon le candidat ? Un investissement majeur en faveur de tous les acteurs du territoire – « sans coloration politique », jure-t-il en réponse aux accusations de clientélisme.

L’Arrière-Cour : Quelles conclusions peut-on tirer de ce mandat ?
Renaud Pfeffer :
On avait l’inquiétude, avec cette grande Région, que la collectivité s’éloigne de son territoire. C’est finalement l’inverse : Laurent Wauquiez et toute son équipe ont été très présents aux côtés de tous les acteurs qui font le territoire. Récemment encore, pendant la crise sanitaire, quand il n’y avait pas de masques, la Région était là ; quand il n’y avait pas de dépistage, la Région était là ; quand il n’y avait pas de vaccination, la Région était là. Les gens ont vu que la Région était à leurs côtés, d’où peut-être les bons sondages d’opinion. Tout ça, c’est parce que la Région a bossé, que Wauquiez est le leader. Que les gens apprécient ou non sa personnalité, la réalité de l’action plaide très fort en sa faveur.
Auparavant, il y avait une usine à gaz : quand la Région donnait 10 euros à une collectivité, 60 euros partaient dans des structures ad hoc. Là, le versement est direct, avec des dossiers simples, ce qui a permis à certaines collectivités d’investir. Et investir, c’est très créateur d’emplois. Pendant ce mandat, l’investissement a été là pour les acteurs : les entreprises, les commerces, les agriculteurs, le tissu associatif. En fait, ceux qui font la vie des territoires, ceux qui portent des projets ont pu bénéficier du soutien de la Région, quel qu’il soit.

Qu’entendez-vous par « soutien » ?
Au-delà des subventions, des dispositifs ont été mis en place. Par exemple, pour les agriculteurs, on a créé la « Région du goût », avec de la promotion, du marketing territorial. Cela s’est concrétisé par des achats de produits régionaux pour les cantines. En termes de marchés publics, la Région a aidé les collectivités et investi massivement sur le territoire pour ses propres sujets : lycées, transports, sécurité. À côté de ça, la Région a aussi favorisé le fait que ce soit des entreprises régionales qui travaillent sur les chantiers.

Et si l’on ne devait citer qu’un grand projet ?
Des grands projets, il y en a eu pour tous les territoires. Mais je citerais le soutien dans l’investissement de tous ceux qui font la force de nos territoires. Je pense que cela a réellement été une politique-phare. Et dont personne n’a à se plaindre. C’est pour cette raison que plus de 500 maires se sont affichés publiquement en faveur de Laurent Wauquiez. Pour certains, j’ai été surpris. Certains n’ont pas vraiment d’étiquette politique, comme le nouveau maire de Belleville dans le Beaujolais (Frédéric Pronchery, NDLR). Dans mon secteur, plein de maires ont signé l’appel alors qu’ils ne sont pas spécialement encartés à droite. Mais ce sont des élus qui soutiennent Laurent Wauquiez en tant que président de Région.

« Rendre publique une conversation privée, c’est dénaturer. Il y a des choses que l’on se permet de dire en privé que l’on ne se permettrait pas en public. »

Plusieurs enquêtes journalistiques ont pointé un certain clientélisme dans l’attribution des subventions, en fonction de la coloration politique des mairies concernées…
Non, il n’a pas été question de coloration politique. Il y a une commune dans mon coin qui a perçu beaucoup d’argent, et le maire est socialiste : c’est la commune de Chaussan (Pascal Furnion, ancien maire, a été PS avant de rejoindre LREM ; Luc Chavassieux, le nouveau maire, n’est pas encarté ; ils ont toutefois reçu la visite de Bruno Bonnell le 24 avril dernier, NDLR). La réalité, c’est que tous les territoires ont eu un Contrat Ambition Région. Donc, avec leurs conseillers régionaux locaux et les intercommunalités, ils s’accordaient sur l’attribution des subventions. Cela a été totalement transparent. Je n’ai pas lu l’enquête de Mediapart mais il n’y a pas eu beaucoup de collectivités qui n’ont pas reçu de subventions de la Région.

Mediapart a publié les enregistrements d’une réunion de stratégie électorale en 2016, au Puy-en-Velay, durant laquelle son collaborateur Ange Sitbon explique qu’« il y a des territoires, par rapport aux priorités que peut avoir la majorité, qui n’ont pas forcément vocation à être arrosés ». Et plus tard, Laurent Wauquiez, qui s’interroge sur la manière de combler le retard de voix de la droite à Villeurbanne, ajoute : « On n’a pas forcément l’intention d’arroser Villeurbanne (…) donc il va falloir qu’on trouve une bonne méthode de travail, là-bas. »
Dans une réunion privée et enregistrée. Quand vous parlez avec vos collègues journalistes dans une salle de rédaction, si on enregistrait vos propos, peut-être ne seriez-vous pas tout à fait satisfaite.

Mais sur le fond, ces propos ne confirment-ils pas une logique clientéliste ?
L’enjeu n’est pas là. L’enjeu, c’est que pour enregistrer une conversation privée, il faut déjà être sacrément tordu. C’est déjà, à la base, malhonnête. Et rendre publique une conversation privée, c’est dénaturer. Il y a des choses que l’on se permet de dire en privé que l’on ne se permettrait pas en public. Mais globalement, toutes les collectivités de la Région ont été aidées, il n’y a pas eu de territoire oublié sous prétexte d’étiquette politique.

« J’ai regardé des séances du Conseil régional. Tout le monde a la parole, ça dure des plombes pour des vœux qui n’intéressent souvent que ceux qui les portent. »

Au sein de la Région, certains conseillers régionaux regrettent d’avoir les dossiers très tard avant les assemblées plénières – et du coup de ne pas pouvoir correctement procéder à leur travail de fond – et de ne pas avoir la place prévue pour leur travail d’opposition.
Ce que l’on voulait, c’était de la réactivité. On est sortis d’un système qui était le parcours du combattant administratif, l’ancienne formule version Queyranne, au profit d’une Région réactive qui avance sur le terrain. J’ai regardé des séances du Conseil régional. Tout le monde a la parole, ça dure des plombes pour des vœux qui n’intéressent souvent que ceux qui les portent. Il y a de la place pourle débat et l’expression notamment de l’opposition. C’est très long parce que tout le monde peut s’exprimer.

Ce qu’ils critiquent aussi, c’est de ne pas avoir le temps de travailler en profondeur certains dossiers.
Ça, je ne sais pas, je n’étais pas conseiller régional. La droite devait dire la même chose quand elle était dans l’opposition. C’est un peu une tarte à la crème.

« C’est l’un des grands projets de la Région : travailler sur les métiers en tension, mis à mal par une vieille volonté de faire accéder 80% d’une classe au bac. »

Sur la formation professionnelle, Najat Vallaud-Belkacem pointe le fait que la Région n’est pas allée chercher tous les fonds auxquels elle aurait pu prétendre…
Il y a eu une réforme de la formation professionnelle. Ma question est donc : pourquoi l’État a-t-il fragilisé la formation professionnelle ?

L’État proposait pourtant des aides aux Régions avec le principe du PRIC (En 2018, Édouard Philippe a mis 7,1 milliard d’euros sur la table pour investir dans la formation professionnelle et proposé de signer avec les Régions des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences ; Laurent Wauquiez a refusé de signer un tel pacte, NDLR). Pourquoi avoir refusé ce partenariat ?
Je vois que la Région a aidé les centres de formation d’apprentis, a aidé les maisons familiales et rurales, a aidé les ESAT pour les personnes handicapées, a aidé individuellement les apprentis. Alors qu’il y avait une bonne maille régionale pour gérer tout l’apprentissage et la formation professionnelle, on a un État toujours hyper-centralisateur, qui rajoute de la lourdeur administrative et qui réforme la formation professionnelle au détriment des jeunes et des entreprises qui cherchent à recruter.

Donc, ce n’est pas la faute de Laurent Wauquiez si la formation professionnelle n’a pas été aussi aidée qu’elle aurait pu l’être ?
La base, c’est quand même que la formation professionnelle a été très, très aidée. L’État a retiré des moyens aux Régions à son propre profit, fragilisant ainsi un système déjà très fragile.

Que peut-on espérer du prochain mandat pour les formations professionnelles, après une crise qui laissera des séquelles dans toutes les collectivités ?
C’est l’un des grands projets de la Région : travailler sur les métiers en tension et qui sont mis à mal par une vieille volonté de faire accéder 80% d’une classe au bac. On a détourné les gens des métiers pour tous les mettre à la fac. Aujourd’hui, il y a des filières très identifiées sur les métiers en tension, qui sont de super ascenseurs sociaux, comme les métiers du bâtiment, des travaux publics, de la restauration, de la logistique. Ils ont besoin de gens. Et l’enjeu de la Région, c’est d’adapter son offre et son soutien à la formation pour répondre aux besoins de recrutement des entreprises. On forme quand même les gens pour qu’ils aient un avenir. En fait, entre 2015 et 2020, le nombre de contrats d’apprentissage a augmenté de 77% sur la Région. Elle avait pour objectif d’atteindre 60.000 apprentis ; cet objectif est atteint.

Et c’est satisfaisant ?
Non, c’est un travail en cours. Je pense que créer une bourse régionale jusqu’à 4.000 euros pour six mois de formation dans les métiers qui recrutent est une idée intéressante. Plus qu’un RSA jeune, cette vieille tarte à la crème qu’on nous ressort depuis 10 ans.

Pourquoi un RSA jeune serait-il moins bien qu’une bourse ?
Ce ne sont pas du tout les mêmes dispositifs. Le RSA n’est pas fait pour former les gens. L’idée est de valoriser ceux qui prennent le temps, qui ont le courage, la volonté de se former à des métiers qui recrutent. Sachant qu’il y a autant de boulot pour les jeunes mais aussi beaucoup de besoins pour les entreprises de recruter. Donc, l’objectif n° 1 est de relocaliser les emplois et de créer les conditions de recrutement des jeunes.

« Le programme de Laurent Wauquiez comprend un plan spécifique pour les petites gares de voyageurs, la prolongation du tram-train de l’Ouest lyonnais… Que des choses enterrées par les mêmes qui aujourd’hui le critiquent. »

En matière de TER, ce mandat aura permis peu d’avancées, l’exemple type étant la ligne Lyon-Clermont, pourtant affichée comme une priorité mais sur laquelle les usagers ne sont clairement pas satisfaits.
Bien sûr, et il y aura une action de la Région durant le prochain mandat. Mine de rien, il y a eu moins de six ans pour ce mandat. La Région a sauvé tout un tas de petites gares qui étaient vouées à la disparition. On sait que le programme de Laurent Wauquiez comprend un plan spécifique pour les petites gares de voyageurs, la prolongation du tram-train de l’Ouest lyonnais, la réouverture de la gare de Condrieu, pour parler de notre territoire. Que des choses enterrées par les mêmes qui aujourd’hui critiquent Laurent Wauquiez…

Dans certaines zones, les utilisateurs attendaient malgré tout plus de trains, comme dans l’Allier à Montluçon.
Les projets ferroviaires sont des projets au long cours qui se mènent avec la SNCF. C’est sûr qu’en matière de mobilité, au-delà du ferroviaire, il reste énormément de travail. Et on a bien compris que c’était l’un des axes prioritaires de Laurent Wauquiez. Il y a du pain sur la planche pour verdir les transports. Auvergne-Rhône-Alpes veut être la première région à hydrogène de France. Il y a aussi la complémentarité entre les moyens de transport. Bus, trains, trams, et la route, qu’il ne faut pas oublier. Certaines personnes ont besoin de la route pour aller vers des gares ou ailleurs. Aujourd’hui, elles sont stigmatisées alors qu’elles n’ont pas d’autre choix ! Quand vous habitez à Saint-André-la-Côte, vous avez besoin d’une voiture pour aller prendre un bus ou un train. Dans ce cas, on n’a pas le droit de vous traiter d’affreux pollueur.

« Qu’ont en commun Najat Vallaud-Belkacem et la France insoumise ? Éventuellement, je vois plus le lien entre la France insoumise et le Rassemblement national, parce qu’il y a eu un transfert de candidat… »

Dans cette campagne, Laurent Wauquiez fait face à une opposition morcelée. Craignez-vous l’union de la gauche et des écologistes au deuxième tour ?
Cela reste un mystère : comment vont-elles s’unir alors qu’il y a encore des sujets sur lesquels elles ne sont pas d’accord ? Ce n’est pas une union sur des valeurs, c’est la volonté d’additionner des électeurs. Mais les électeurs ne sont pas fous. Il n’y a pas d’addition automatique de l’électorat. C’est une union entre qui ? Une union qui va de la France insoumise aux restes du Parti socialiste ? Et qu’ont en commun Najat Vallaud-Belkacem, qui était dans le gouvernement sous la présidence de François Hollande et défendait la loi Travail, et la France insoumise ? Éventuellement, je vois plus le lien entre la France insoumise et le Rassemblement national, parce qu’il y a eu un transfert de candidat… Je pense que le laisser-aller notamment de la gauche, de l’extrême gauche et des écologistes fait monter le RN. Quand vous avez des rodéos dans la ville de Lyon, quand vous supprimez des repas avec viande à la cantine, on touche au ridicule. Dire que le Tour de France est machiste et polluant, franchement il faut l’inventer.

« Transfert de candidat » : vous parlez d’Andréa Kotarac, passé de LFI au RN…
Il est élu France insoumise en 2015, candidat France insoumise aux législatives de 2017, et d’un coup, il se retrouve au Rassemblement national. C’est-à-dire que celui qui critiquait la politique de sécurité de Wauquiez trouve aujourd’hui qu’elle n’est pas suffisante, et celui qui était pour l’accueil massif de migrants illégaux lutte désormais contre l’immigration. Il y a un moment où M. Kotarac a un petit problème de pensée et de colonne vertébrale. C’est ce que détestent les électeurs : avoir des élus qui sont des girouettes. Il passe de l’extrême gauche à l’extrême droite. Cela paraît lunaire.

Pour autant, quand on regarde les sondages, il est quand même en deuxième position pour le premier tour.
C’est l’étiquette du Rassemblement national qui compte pour les électeurs. Ce serait une chèvre avec l’étiquette RN, elle ferait quasiment le même nombre de voix ! Les candidats, ils ne les connaissent pas. Pour les départementales dans le canton de Mornant, sur les deux candidats du RN, il y en a un qui vit et qui a son activité économique à Lyon et l’autre qui était deuxième sur la liste du RN à Saint-Genis-Laval. Donc, ce sont des gens qui n’en ont rien à cirer de notre territoire, et qui sont uniquement là pour grappiller quelques points au niveau national pour le parti. C’est tout.

Selon vous, il n’y a pas d’investissement local pour ces candidats, ils ne sont là qu’en vue de la présidentielle de 2022 ?
Oui, et dans l’objectif de caser quelques copains dans des instances comme à la Région. Car ils savent qu’ils auront des élus à la Région. Je peux vous dire qu’Antoine Mellies, conseiller municipal de Givors, était candidat du RN en 2015… mais dans l’Ardèche. C’est uniquement pour caser quelques élus. Ça passe inaperçu parce qu’ils se drapent dans une certaine forme de virginité alors qu’on sait tous quelle est la situation réelle du Rassemblement national, qui joue sur les craintes des gens. Et Kotarac est un exemple flagrant de tout ce que les gens détestent dans la politique.

« Éric Zemmour a-t-il seulement la capacité d’être président de la République ? Alors, demander à ce qu’il participe à la primaire de la droite… »

Dans ce contexte, la gifle adressée au président par un sympathisant d’extrême droite vous inquiète-t-elle ?
Oui, c’est très inquiétant. Je pense que la société française est fracturée et que ça s’est révélé très fortement au moment de la crise des Gilets jaunes. En fait, les gens n’ont plus confiance dans les dirigeants politiques. Ils ont le sentiment d’être constamment punis par l’État, que ne rien faire paie autant que travailler. Ils ont un sentiment d’injustice totale, qui du coup s’exprime par des positions extrêmement radicales.

Comment désamorcer cela ?
Je crois que c’est possible. Il faut d’abord restaurer l’autorité de l’État. C’est-à-dire un État en qui les gens ont confiance. L’idée n’est pas de faire acte d’autorité, mais c’est un État qui agit, un État fort. C’est lutter contre le communautarisme, qui est une des raisons pour lesquelles notre société est fracturée. Quand je parle de communautarisme, c’est celui de l’islamisme radical qu’on a vu émerger dans notre pays. Mais c’est également toutes les formes d’intégrismes, d’extrémismes et tous ceux qui placent l’idéologie avant tout, notamment avant la liberté.

Et que souhaitez-vous faire ?
Il faut mettre fin au fait que certaines collectivités et institutions financent le communautarisme pour s’acheter une paix sociale. C’est du clientélisme. Le pendant du clientélisme, c’est le communautarisme. Il faut simplement rappeler un certain nombre de principe, notamment celui de la laïcité, qui est la liberté pour chacun d’exercer son culte mais dans le respect des lois de la République. Si jamais on avait un État et une justice qui ne faisaient qu’appliquer les lois de la République, les choses seraient beaucoup plus simples. On s’autorise trop d’entorses à la loi. Par exemple, certains financements de lieux de culte. Je ne suis pas contre le fait de financer des lieux de culte, mais il faut le faire de façon transparente, en étant sûr des origines des financements, et le faire en accord avec les pouvoirs publics. Je pense que le fait religieux dans l’espace public, les prières de rue, tout ça devrait être interdit. On ne bloque pas une rue et on n’empêche pas les gens de circuler sous prétexte que c’est l’heure de la prière. Et la religion fait partie de la sphère privée. Je pense que c’est vachement important que la sphère privée soit protégée et qu’en même temps, on protège la sphère publique. C’est pour ça que ces histoires d’enregistrements, c’est n’importe quoi.

Étienne Blanc, ancien vice-président de la Région, demandait à ce qu’Éric Zemmour participe à la primaire de la droite en vue de 2022. Quelle est votre position à cet égard ?
Je n’ai pas compris. Qu’il y ait des gens qui apprécient la pensée d’Éric Zemmour, je le comprends tout à fait. En revanche, Zemmour a-t-il envie d’être candidat à la présidence de la République ? Zemmour a-t-il seulement la capacité d’être président de la République ? Alors, demander à ce qu’il participe à la primaire de la droite… Déjà, je suis contre les primaires. Le résultat des primaires, c’est la faillite politique de la famille qui a organisé les primaires. Prenez le deuxième tour de la présidentielle de 2017 : aucun des deux candidats n’était passé par une primaire. En revanche, vous prenez Fillon, Hamont, le candidat écologiste… Tous les perdants étaient passés par la case « primaire ». Alors que l’élection présidentielle c’est vraiment une personnalité face au peuple. Pour revenir à Étienne Blanc, je ne comprends ni le sens de son propos ni l’intérêt pour la droite.

C’est un propos qui vous nuit dans la campagne ?
Ce sont les mots d’une seule personne. Peut-être que c’est partagé par d’autres… En tout cas, je ne comprends pas le sens de son propos. J’ai vu les images. On a l’impression que c’est sorti comme ça, de nulle part. Mais on a bien vu qu’une partie des Français aimaient cette liberté de ton, ce côté patriotique un peu radical. Éric Zemmour fait un tabac dans toutes les classes de la société.

« Laurent Wauquiez candidat à la présidentielle ? Non. Une fois de plus, ses adversaires ne parlent pas de sa politique, mais soit de sa personnalité, soit de ses ambitions supposées. »

La campagne présidentielle qui suivra les régionales peut-elle influer sur le scrutin de dimanche prochain ?
Non, je pense que les gens en sont très, très loin. On pense souvent au système des partis politiques, aux personnalités politiques… La réalité, c’est que ce sont les électeurs qui font les élections. Et aujourd’hui, les électeurs sont inquiets des conditions de sortie de la crise sanitaire. Et la Région doit être une Région forte pour permettre à tout le monde de se rassembler, d’unir les forces pour sortir des conséquences de la crise. L’élection présidentielle, aujourd’hui, c’est le cadet des soucis des Auvergnats et des Rhônalpins.

Certains candidats y pensent pourtant bien…
C’est la dernière élection politique avant l’élection présidentielle, donc la dernière fois où les choses vont s’étalonner. Forcément, tous les commentateurs et tous les spécialistes de la politique vont regarder avec attention les résultats des élections régionales. En revanche, ce qu’on sait aussi, c’est qu’à chacune des présidentielles, il y a des surprises, et que ce ne sera pas l’élection régionale qui désignera les candidats à la prochaine élection présidentielle. Ça en éliminera peut-être certains. Mais en tous cas, ça n’en désignera pas.

Laurent Wauquiez pourrait-il être candidat à la présidentielle ?
Non. On a dit qu’après avoir gagné la Région en 2015, il serait candidat aux législatives en 2017 ; il ne l’a pas été. On a dit qu’il serait candidat aux européennes en 2019 ; il ne l’a pas été. Laurent Wauquiez est très attaché à sa Région. Aujourd’hui, il est concentré sur cet objectif-là. Une fois de plus, les adversaires ne parlent pas de la politique, mais soit de sa personnalité, soit de ses ambitions supposées.

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