2024, le danger chinois ?

L’armée chinoise va-t-elle envahir ou tenter d’envahir Taïwan en 2024 ? Dans cette tribune libre, le sociologue lyonnais et spécialiste de la Chine Jean Ruffier tente de répondre à cette question complexe et dresse les perspectives pour l’année qui s’ouvre.

« Un état bien dangereux : croire comprendre. »
Paul Valéry

Parler de la Chine aujourd’hui est une tentative risquée. Comme son président a dit qu’il envahirait Taïwan, il faut s’attendre à ce qu’il le fasse et que nous soyons confrontés à une rupture de nombre de nos chaînes d’approvisionnement essentielles. Et en cas de riposte de l’OTAN, nous serons en guerre avec une des principales puissances mondiales. Nous avons réussi, heureusement ou malheureusement, à faire en sorte que les conflits en Ukraine et en Palestine ne touchent pas profondément à notre vie quotidienne. L’ouverture d’un troisième front nous plongerait en revanche dans un monde inconnu, un monde de privations et de guerre. Alors, ce risque existe-t-il ? Et qui peut nous éclairer sur ce que fera la Chine en 2024 ?

Nous sommes nombreux, scientifiques, à avoir parcouru ce pays pour tenter de comprendre ce qui s’y passait. Moi qui suis spécialiste du développement industriel, j’ai travaillé sur les transferts de technologie à Canton à partir de 1989. J’ai bien mis une dizaine d’années pour voir que j’étais en plein milieu de ce qui allait devenir l’atelier du monde. Et j’ai longtemps été étonné des niveaux de croissance qui se succédaient. Mais ayant eu la chance de diriger une équipe de recherche franco-chinoise dans l’université Sun Yat-sen à Canton, j’ai publié dès 2019, avec mon ami Rigas Arvanitis, un article qui prédisait de fortes difficultés de croissance en Chine, difficultés qui l’empêcheraient de devenir une économie du niveau des États-Unis, ou même de l’Union européenne.

Or, le système de contrôle de l’expression, voire de la pensée, mis en place par le dernier président, dépasse en efficacité tout ce que nous avons connu dans le passé. Il est de plus en plus difficile de discuter avec les Chinois qui craignent, à juste titre, d’être considérés comme des amis des étrangers, et donc des traîtres à la patrie. Beaucoup de nos collègues chinois (intellectuels ou responsables d’entreprise) ont pris une retraite anticipée. Les Chinois que nous côtoyons dans les milieux intellectuels et économiques ont tous des connaissances qui, aujourd’hui, sont derrière les barreaux. Résultat : même en se promenant en Chine, il est de plus en plus compliqué d’anticiper les décisions à venir. Ceci étant, il faut tenter de faire la synthèse des informations, voire des impressions, dont nous disposons.


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