Transparence des médicaments : l’occasion manquée des vaccins Covid

L’arrivée des vaccins Covid, outils indispensables dans la lutte contre l’épidémie, aurait pu constituer une occasion en or de revenir sur la mainmise de l’industrie sur l’information médicale. En effet, depuis 30 ans, les laboratoires ne remettent pas aux autorités sanitaires la totalité des résultats de leurs essais cliniques. Et mi-novembre, le gendarme américain du marché a demandé un délai de 75 ans pour rendre accessibles les données du vaccin Pfizer. Retour avec cinq experts sur une bataille essentielle… qui n’a pas eu lieu. Une enquête d’Ariane Denoyel, illustrée par Garage Deloffre.

Une épidémie mondiale, un virus inconnu et imprévisible, des populations confinées, des gouvernements démunis… L’annonce (moins d’un an après le déclenchement de la crise sanitaire) de l’arrivée de vaccins, éléments incontournables de la lutte contre le virus, a été saluée de façon unanime. Mais aucune autorité politique n’a semblé réaliser combien les circonstances rendaient possible une modification du rapport de force avec l’industrie. Un rapport de force devenu démesurément favorable au secteur pharmaceutique, au détriment de la santé publique.

L’un des premiers scientifiques francophones à avoir relevé cette occasion manquée est un Lyonnais, le professeur de médecine Hervé Maisonneuve, spécialiste de l’intégrité scientifique. « En tant que société, nous aurions dû nous saisir de cette crise pour imposer plus de transparence au secteur du médicament », confirme-t-il. « Il nous faut les données des médicaments et des vaccins, c’est indiscutable. Comment justifier de ne pas disposer de toutes les informations existantes sur un produit administré à plusieurs milliards de personnes ? »

Un avis partagé par le Dr Bruno Toussaint, directeur éditorial de la revue Prescrire, seule revue médicale francophone indépendante. Il déplore que, « depuis quelques décennies, les pouvoirs publics ont de facto sous-traité progressivement la recherche au secteur privé. Les laboratoires se sont donc retrouvés à financer et organiser la recherche portant sur les molécules dont ils allaient tirer des revenus. Une situation de conflit d’intérêts évidente. Les firmes ont dès lors considéré que les résultats de ces recherches, essais cliniques en tête, constituaient leur propriété commerciale, protégée par le secret des affaires. Et nous nous sommes collectivement accoutumés à cet état de fait. »

Patrimoine commun de l’humanité

Le Pr François Gueyff…

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